PAUL
REGNIER EN 6 DATES :
3 avril 1967
Naissance à Paris.
1991
Part étudier au Brésil.
1994
Milite en faveur des sans-papiers.
1999
Adhère aux Verts.
Juin 2000
Descend à Millau, au procès de José Bové.
Janvier 2001
Se rend au Forum social mondial de Porto Alegre. |
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a une fois de plus fourré son hamac dans son sac de voyage.
Au cas où. Car, à Porto Alegre (Brésil) où
il vient de passer une semaine comme à Millau (Aveyron) où
il a vécu, l'été dernier, quatre jours «effervescents,
joyeux, festifs, fatigants», son hamac lui sert à la
fois de commodité et d'emblème.
Millau, pour la Bové Pride, Porto Alegre, pour le Forum social
mondial, mais aussi Nice, à l'occasion du sommet européen:
Paul Régnier, 33 ans, ne rate plus les rendez-vous fixés
par les mouvements baptisés un peu trop vite antimondialisation.
Il salive déjà à l'idée de se rendre
dans l'année qui vient à Göteborg (peut-être)
et à Bruxelles (c'est sûr), pour les prochains rendez-vous
européens de la contestation du libéralisme tout-puissant.
«A Bruxelles, ce sera juste avant l'arrivée de l'euro.
Nous serons présents pour rappeler qu'il est grand temps
de penser à l'Europe sociale», anticipe celui qui n'est
ni un citoyen de base révolté le temps d'une manif,
ni un permanent au cur de la nébuleuse protestataire.
Sa profession: militant intermédiaire. Son boulot: jouer
au go-between entre politique et société civile. Il
est salarié à mi-temps par les Verts, avec comme mission
de faire la jonction entre le parti et «les mouvements sociaux».
Il s'active, le reste du temps, à la tête de l'association
de capoeira hébergée dans le bureau-chambre d'amis
du petit trois pièces, vaguement étudiant, qu'il occupe
dans le XIe arrondissement de la capitale. Si les Verts ont participé
aux frais de son déplacement à Porto Alegre, c'est
son association qui a payé le billet d'avion. Quand il veut,
il peut. Et la meilleure manière, c'est encore la débrouille.
Porto Alegre, Paul Régnier ne pouvait pas ne pas y
aller. Ce voyage est un retour aux sources. Son baptême politique,
c'est là-bas, au Brésil, qu'il l'a célébré.
Etudiant en météorologie, océanographie et
environnement, inscrit en DEA à l'université d'Orsay,
il part en 1991 à São Paulo plancher sur l'impact
des forêts tropicales sur le climat. Très vite,
il fricote sur le campus de l'université avec un groupe d'une
vingtaine d'étudiants membres d'une association pour «la
reconnaissance de la conscience nègre». «Un
mouvement pour la réparation en faveur des descendants d'esclaves»,
explique Paul Régnier.
L'idée : obliger l'Etat brésilien à reconnaître
sa dette. «Après tout, s'il existe des pays du
Sud aujourd'hui, c'est bien parce que la richesse des Etats du Nord
s'est en partie construite sur la traite des Noirs», argumente-t-il.
Avec ses potes étudiants, il calcule alors le montant que
les autorités doivent à chaque descendant d'esclave:
«10 000 dollars, puisque tout le monde là-bas parle
en dollars.» Soit 70 000 francs. Seul Blanc actif du groupe,
ses premiers pas de militant lui valent la une de la presse locale
quand il décide, toujours avec ses amis, d'aller dîner
dans un restaurant chic de São Paulo et de renvoyer le serveur
quand il présente la note. «Mettez-la sur le compte
de la "réparation"», lui disent les convives
avant de prendre leurs cliques et leurs claques. Ils font scandale.
Mais le coup politique est réussi.
Paul Régnier a aussi ramené du Brésil, outre
Claudia, qui partage aujourd'hui sa vie, une passion pour la
capoeira. De cette danse martiale, «instrument à
l'origine de résistances contre l'esclavagisme», ce
Parisien de naissance a fait plus qu'un passe-temps: une activité
de prof bénévole, à la tête d'une association
d'une centaine d'élèves-adhérents. La mondialisation
dans tout ça? Paul Régnier explique le lien: «La
capoeira, pour moi, c'est une manière d'utiliser en France
une culture étrangère pour créer un groupe
au sein duquel la discrimination n'existe pas. Il s'agit d'opposer
des cultures, des identités face à la consommation
et au fric. La capoeira, c'est ma façon à moi d'ouvrir
des espaces, de créer des petites îles de résistance,
des petites bulles contre l'Empire», dit-il en empruntant
ce dernier terme au Monde diplomatique. Etre «anti»,
c'est aussi passer un après-midi et une soirée par
semaine dans un gymnase, à créer, en tenue de sport
et instrument de musique en main, «une autre citoyenneté,
plus ouverte». C'est sa corde associative à lui.
Si le Brésil est son jardin personnel, à son retour
en France, en 1994, c'est la crise des sans-papiers qui lui
sert de porte d'entrée dans les tribus antilibérales.
Son hamac, Paul Régnier en a d'ailleurs fait son compagnon
fétiche depuis qu'il l'a tendu une première fois entre
un réverbère et un panneau d'interdiction de stationner,
devant l'église Saint-Ambroise à Paris. Il s'engage
alors sans rien demander à personne. Ni consignes ni carte
d'adhérent. Il copine avec les responsables des coordinations,
écrit des chansons, se rend compte qu'il est plus à
l'aise dans la rédaction de tracts que dans l'assistance
humanitaire. Mi-franc-tireur, mi-funambule. Plus de six ans après,
cet engagement reste pour lui l'exemple type de la lutte.

Cette «haine» «de toutes les discriminations»
lui a été transmise par la famille. «J'ai des
verrous assez solides dans la tête», dit-il. Grand-père
juif fusillé pendant la guerre. Grand-mère disparue
à Auschwitz. Un père matheux et trotskiste, mort trop
tôt. Une mère MLF, informaticienne sur le tas. Un foyer
où l'on s'était battu pour aider les Algériens
en 1956 et où l'on accueillait des réfugiés
chiliens après le coup d'Etat contre Allende. Gauchiste,
Paul Régnier? Forcément trotskiste? «Il a un
petit côté gaucho, reconnaît un militant vert.
Mais c'est aussi un naïf très éloigné
des cultures d'appareil.» De cet héritage, Paul Régnier,
avec sa gueule de boxeur pas abîmée et ses paluches
de bricoleur, n'a gardé que la niaque militante. Pas le goût
des structures partisanes. Sa première carte, il l'a prise
en 1994 pour entrer dans la chapelle groupusculaire de Noël
Mamère, avant que ce dernier rejoigne les Verts. Il avait,
quelques jours plus tôt, entendu un des lieutenants de l'actuel
député, à Bercy, évoquer les rapports
Nord-Sud et la mondialisation.
C'était il y a six ans. Aujourd'hui, il en parle lui-même
en cherchant le chemin pour sortir de la case «anti».
L'OMC? «Je ne suis pas contre par principe. Je suis contre
cette OMC-là, antidémocratique.» L'Europe? Il
est pour. Mais pas celle qui se construit. Il est convaincu que
«les logiques nationales ne viendront pas à bout de
l'Empire». Jean-Pierre Chevènement, qui lui aussi a
fait le voyage au Brésil, n'est pas sa tasse de thé.
Il se sent plus internationaliste que souverainiste. Dans la même
veine, il fixe une limite à la ligne du Monde diplomatique,
qui, «sur l'Europe, manque de vision». Il a de la sympathie
pour José Bové mais ne le suivrait pas s'il se lançait
en politique. Porto Alegre fera-t-il date? Avant de partir, Paul
Régnier interprétait la tenue de ce Forum social mondial
comme «un changement radical de perspective. Pour la première
fois, nous sommes dans le pour davantage que dans le contre. Soit
c'est le début de quelque chose, soit je ne vois pas ce qui
pourrait fabriquer de l'alternative à la logique néolibérale».
Rendez-vous à Göteborg, à Bruxelles ou ailleurs.
Avec ou sans hamac
(Vous pouvez télécharger le PDF
du portrait de Paul Régnier ICI)
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